Luang Nam Tah : Jungle et sangsues, velo et serpent...

Publié le par On va ou ?

Aujourd'hui, 17 novembre, le leitmotiv, une fois encore est "Hit the road !" et nous voila repartis pour plusieurs heures de bus. Heureusement, on ne devrait pas passer toute la journee dans les transports, Luang Nam Tah n'est plus si loin. Je me plonge dans la lecture de la premiere ascension de la face sud de l'Annapurna en 1970, (oui, j'ai toujours la tete dans les montagnes) alors que Garuche ecoute de la musique, on livre simultanement un combat contre les moustiques qui ont elu domicile dans le bus, sales betes ! Nous voici bloques pour une bonne demie heure suite a des travaux sur la route mais ce sera l'unique arret et nous arrivons donc sans encombre a la gare routiere de Luang Nam Tah d'ou on prend un tuk-tuk pour nous conduire en ville a une bonne dizaine de kilometres de la.
S'en suit la traditionnelle recherche d'une auberge et bien sur, celle qui nous interessait affiche complet. On se rabat donc vers une guesthouse qui a defaut de casser des briques n'est pas chere. On passe le restant de la journee a glandouiller en ville ou je goute pour la premiere fois le Lao Lap, une salade agrementee de viande hachee et de piments, mes papilles apprecient. On fait le tour des agences organisant des excursions dans les environs et comme un depart a lieu le lendemain, on oublie notre envie de nous reposer et on reserve un petit treck de deux jours dans le parc national de Nam Ha. Fideles a nos habitudes, on se dirige pour le repas du soir dans un restaurant dont on couvre la table de nombreux plats, beignets de crevettes, poissons, nems... On sait jamais ce qui peut arriver, dans le doute, ayons le ventre bien plein.

On quitte la guesthouse tot le matin afin de rejoindre un tuk-tuk qui nous conduit dans un petit village, point de depart de la randonnee. Le temps est un peu frais et le ciel couvert, s'il ne pleut pas, cela ne sera que plus agreable pour la marche. Nous sommes accompagnes d'un couple d'Allemand, de  Pierre, un Francais, d'une Irlandaise ainsi que d'un couple de Quebecois. Apres avoir traverse le joli village traditionnel aux maisons sur pilotis, on entamme au milieu de la jungle, l'ascension d'une colline. Malgre le fait d'etre entoure par la nature, on constate que les animaux sont rares. Apparements, les Laossiens essaint de varier un peu leur diete, essentiellement basse sur le riz, en agreementant le quotidien des animaux qu'ils peuvent chasser. Noter bien que pouvoir chasser signifie ici parvenir a et non etre autoriser a, nuance. On se retrouve bientot a prendre le repas de midi sous un abris en bois, tout le monde discute, c'est toujours plus agreable quand le groupe s'entend bien et visiblement, c'est le cas aujourd'hui. Des feuilles de bananier sont posees au sol faisant office de nappe et d'assiettes. Fait etonnant, il y a trop a manger ! Riz, viande grillee, haricots, aubergines et pate pimentee plus des bananes en dessert... Ca va etre dur de redecoller !

Mais comme une promenade aide toujours a digerer, on se remet en route tout de meme. Le sentier est maintenant un peu plus delicat puisque nous devons redescendre la colline et que la boue rend le sol glissant. Je remarque que mon genou a decide de refaire des siennes, timidement pour le moment mais qu'en sera-t-il demain ? Toutefois, la marche n'est pas trop longue et nous atteignons bientot un village perdu dans la foret. La encore, les maisons sont sur pilotis, c'est d'ailleurs le cas dans toute la campagne laossienne. Les animaux, chiens, poules, vaches et cochons paraissent dans les allees du village ou a l'ombre des maisons. Les potagers sont mis a l'abris derrieres des palissades en bambou. Un groupe de jeunes jouent a une sorte de "tennis ballon" avec une balle en osier. Nous sommes conduits a une grande maison en lisiere du village ou nous passerons la nuit. Il n'y a qu'une grande piece tres haute sans cloisons interieures, les murs de bambou laissent passer le vent... Serait-il possible qu'on ait froid cette nuit ?
On fait le tour des environs, on se demande si, rellement, les habitant du village utilisent encore le pont de bambou plus que brinqueballant qui traverse la riviere toute proche, on s'interroge sur la presence d'antennes satellites et de panneaux solaires dans le village... Si les habitants n'ont pas encore de machine a laver ou de frigo, ils ont la television et connaissent les derniers resultats du championnat de football anglais. Tout le monde se retrouve ensuite autour d'un feu puis on commande quelques bieres aupres du guide. Celui-ci, peu volubile, semble plus efficace dans son role de barman. Il est bientot l'heure de passer a table et comme a midi, la nourriture arrive en abondance. Le chef du village vient s'assoir avec nous, on nous sert de l'alcool de riz et la discussion avec le Laossien commence. On apprend ainsi que les petits hameaux sont peu a peu regroupes en de plus importants villages pour, notamment, recevoir des ecoles. Le village ou on se trouve demenagera donc bientot avec animaux, maisons et paraboles satellites ce qui entrainera l'election d'un nouveau chef. Comme celui qui nous parle a deja ete elu trois fois consecutivement, on peut penser qu'il figure parmis les favoris. A tour de role, on se presente au chef, en plus du nom et de la profession, il faut preciser si on est celibataire ou marie... Le chef semble amuse qu'on voyage ainsi autour du monde et surtout que je sois celibataire alors que lui a plusieurs femmes. Pauvre homme, cela doit etre complique a la maison ! Mais ce n'est que l'avis d'un occidental, ici personne ne s'en plein et la premiere femme, en principe, doit approuver le choix de son mari concernant les autres epouses. Maintenant rassasies en nourriture et en informations, on retourne aupres du feu pour de longues discussions jusqu'a ce que la fatigue nous gagne et qu'on se dirige vers nos couches.

Comme je le craignais, j'ai eu froid le plus clair de la nuit et je me reveille un peu fatigue, pourquoi n'ai-je pas pris mon sac de couchage ? On quitte le village pour suivre la riviere, on croise le village ou vont etre regroupes les hameaux de la region, l'ecole est deserte. On traverse ensuite des plantations de riz ou s'affairent des villageois. On longe a nouveau la riviere, cette fois a flanc de colline jusqu'a atteindre une petite plage d'ou nous allons embarquer sur une embarcation en bambou (oui, tout est fait a partir de bambou ici) pour traverser la riviere. Ayant vu des photos de ce type d'embarquation qui n'est finalement qu'un amas de troncs noues ensembles, je m'attends a avoir les pieds mouilles. Pour conserver mes chaussures au sec, je decide donc de me dechausser. Je retire mes chaussures, mes chausettes, echange quelques mots avec Pierre puis, alors que je repose les yeux sur mes pieds, je decouvre que les sangsues sont de sorties ! Horreur ! Au moins six de ces satanees bestioles sont accrochees a mes pieds. Je me depeche de les retirer mais dans ma precipitation, j'en fait tomber une a l'interieur d'une de mes chaussures. Pour l'en extraire, il n'y a qu'une seule solution... J'y glisse mon pied, attend quelques instants, le retire et trouve l'abomination accrochee a mon pied, il n'y a plus qu'a s'en debarrasser. Evidemment, j'ai entre temps revise ma procedure pour le franchissement de la riviere, je remets mes chaussettes et chaussures et tant pis si j'ai les pieds humides ! Par groupe de deux, on monte chaqu'un son tour sur le radeau que le perchiste pousse dans l'eau. Heureusement, nous avons droit a une embarcation de "luxe", comprenez par la qu'il y a deux etages de bambou, le premier est himerge mais pas le second qui effleure juste la surface de l'eau, ouf. Une fois tout le monde sur l'autre rive, la marche reprend. Cette fois, le sentier est beaucoup plus nivele mais l'heure de la pause approche.

On marque donc un arret, a nouveau sous un abris ou comme a l'accoutume on se remplit genereusement le ventre. On repart pour une courte ascension avant de devoir franchir tant bien que mal une zone enseveli sous des arbres recemment tombes. On s'enfonce donc dans les branchages et les trous couverts par la vegetation puis finalement, on parvient sans heurt de l'autre cote. A present, le sentier descend et bien vite mon genou me fait souffrir, il va falloir serrer les dents pendant quelques heures encore. On serpente dans la foret, on patauge parfois dans de petits filets d'eau puis on atteint une zone degagee ou on croise deux Laossiens en train de battre le riz pour en extraire les grains. Notre guide nous fait une demonstration de la technique employee puis nous reprenons la marche apres avoir dit au revoir. On trottine donc entre les differentes terrasses avant de rejoindre une vallee ou on apercoit quelques habitations dressees a flanc de colline. Nous voici face a une nouvelle riviere qu'on traversera cette fois en pirogue. Notre randonnee s'acheve dans le village sur la rive opposee ou nous attend un tuk-tuk. Avant d'y grimper, le guide me demande si j'ai toujours envie de gouter de la viande de chien car on peut en trouver sur la route du retour. Je lui repond que oui mais comme je suis le seul du groupe a etre interesse et qu'il faudrait faire un detour, je renonce. Apres une bonne heure, nous voici a nouveau a Luang Nam Tah. Tout le monde se dit au revoir et recupere ses sacs puis on se dirige vers l'auberge qui nous tentait a l'origine et ou nous avions pense a reserver une chambre avant le depart pour le treck, le couple de Quebecois et l'Irlandaise s'y rendent aussi. Apres une bonne douche et un peu de lessive, on se dirige vers un petit restaurant avant d'aller se mettre au lit de bonne heure. Sur le chemin du retour, on croise l'Irlandaise et la Quebecoise en route vers un salon de massage... Quelle bonne idee.

En ce 20 novembre, on decide de decouvre les environs proches de Luang Nam Tah. Apres un bon petit dejeuner, on loue des velos et nous voici partis a la recherche d'un temple ou se trouverait un Budha ecroule avec de hauts arbres. On tente de prendre un raccourci mais apres avoir du plusieurs fois rebrousser chemin, on decide de prendre la route normale. On pedale donc le long de la route principale a un bon rythme, on double meme quelques tuk-tuks. On croise l'aerodrome local, impressionant par la taille de sa piste, on se demande d'ailleurs a quoi cela peut bien servir. Il s'agit peut etre d'un relicat de la guerre d'Indochine installe par les Russes ou les Chinois... A partir de la, la route devient chemin, on croise de nombreux eleves revenants de l'ecole, l'un d'entre eux fait plus ou moins la course avec nous. Nous arrivons finalement au site recherche, on laisse les velos en bas d'un long escalier puis une fois au sommet, on s'aquite du droit d'entree. On ne tarde pas a le trouver excessif lorsqu'on constate que le Budha n'est qu'un tas de cailloux, certes il y a un stupa mais les arbres ne sont pas au rendez-vous non plus. On fait le tour des environs sans trouver rien d'autre d'interessant. On se remet donc en selle et revenons sur la route principale jusqu'a atteindre un petit monastere sympathique. Apres un quart d'heure, on quitte les lieux et on se redirige vers Luang Nam Tah. En chemin, on fait un crochet par un temple que Garuche a apercu depuis la route. Celui-ci bien que recense dans aucun guide et pourtant le plus interessant qu'on ait vu de la journee. Il est plus delabre certes, mais cela ajoute au cachet, on y trouve un petit stupa, quelques statues de Budha sous des arbres et un cimetiere. Alors qu'on retourne vers nos velos, on croise un serpent vert a la tete tache de rouge, c'est tres joli mais on l'evite... Une fois revenus en ville, nous prenons le repas de midi puis Garuche par seul en velo vers une cascade plus au Nord alors que je prefere aller feignanter et tenter d'alimenter le blog. Lorsqu'il me rejoint en fin d'apres-midi, j'apprends qu'il n'a pas pu acceder a la cascade car l'entree etait payante et que les sous etaient dans mon sac... Heureusement, il a tout de meme fait d'agreables rencontres a une fabrique de briques ou les ouvriers travaillent dur, les pieds nus dans la poussiere et bien evidemment sans masque. On decide d'aller nous relaxer au salon de massage comme l'ont fait la veille l'Irlandaise et la Quebecoise. Le salon est sur pilotis et s'apparente en fait a une terrasse abritee d'un toit. Le massage lao est beaucoup plus doux que ce que nous avons pu essayer en Chine ou au Nepal. Apres une heure, on profite du hamam bricole qui est chauffe par une chaudiere a bois situe juste sous la piece pour finir de se detendre. Il est temps de passer a table, on se rend donc au marche afin de tester quelques brochettes. Notre premiere tentative n'est pas brilliante, ce qu'on prenait pour un vrai bout de viande est en fait, d'apres nos conclusions, de la trachee ou de l'oesophage et malgre un mastiquage intensif, on se voit contraint de recracher les morceaux de viande sans parvenir a les incurgiter. Notre seconde tentative est plus judicieuse, on opte pour du poulet mais, comme une brochette ne rassasie pas un homme, on s'installe a un restaurant conseille par le Lonely Planet. Il est donc bonde, cher et le service se fait franchement attendre. Heureusement, les Quebecois qui passaient par la nous apercoivent et viennent se joindre a nous autour d'une beer lao. On discute des etapes a venir et on se rend compte que nous prenons le meme bus pour Luang Prabang le lendemain, un VIP bus, et oui, on ne se refuse rien. Pour quelques kips en plus, on s'economise des heures de trajets, cela a l'air de valoir le coup. Comme la veille, on se couchera pas bien tard pour notre derniere soiree a Luang Nam Tah, demain, route vers le sud.

jungle sheep
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Publié dans Laos

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