Pas a pas autour de l'Annapurna - Chapitre 6
Vers 3h30 du matin, la chambre d'a cote se reveille et, ne prenant aucune precaution, nous reveille egalement. Dans un etat second, je gromelle un "Chhtt" a la fois excede et malgre moi peu audible. A 5h30, c'est a present ma montre qui retentit. On se met en mouvement rapidement vers Poon Hill s'en meme prendre de petit dejeuner mais en laisant nos affaire au refuge auquel on repassera. Le temps est clair, pas un nuage. Le soleil est deja leve et on se hate de grimper au sommet pour profiter de la lumiere matinale. La montee est donnee pour une heure, il nous faudra seulement 30 minutes, Garuche et moi ouvrons la marche a tour de role et au pas de course.On atteint le point de vu en nage, haletant car la "colline" culmine tout de meme a 3200m. je suis surpris du nombre de groupes de touristes presents. Un trek de quelques jours y conduit depuis pokhara ce qui en fit une alternative aisee aux plus longs treks.
Quoiqu'il en soit, le panorama est exceptionnel. Il n'y a pas grand chose a dire, on contemple. Au Nord-Ouest s'etend le massif du Dhaulagiri, immense cone qui culmine a 8167m, plus haut que l'Annapurna I. A l'Est, on apercoit un des sommets des Nilgiris et les Annapurna III et South puis plus loin, le Macchapuchre, le celebre "Fishtail" nomme ainsi car suivant le point de vu, sa face ressemble a une queue de poisson. Apres en avoir pris plein les yeux, on redescend vers Gorepani pour prendre le petit-dejeuner et recuperer nos affaires.
Alors qu'on reprend la route aux environs de 8h, les nuages sont de retour et le brouillard ne tarde pas a s'epaissir. Si une fois de plus, ceci nous prive du spectacle des cimes a l'horizon, la foret devient par contre tout a fait intriguante. Il y a des souvenirs de Nouvelle-Zelande qui refont surface. On croise a nouveau de nombreux groupes, il faut croire que le pic de la saison est atteint, sans doute, la popularite de cette partie du parcours et sa facilite explique aussi cette affluence.
Avec l'humidite, les sangsues sont aux anges et menent une attaque en regle contre nos mollets. Heureusement, nous sommes a nouveau les plus rapides et nous les retirons a temps de nos mollets. Une petite riviere qui serpente dans le bois nous conduit jusqu'a Tarapani ou on marque la pause de midi. On reprend la marche en debut d'apres-midi, toujours sous le couvert des arbres. Bahlam souhaitait s'arreter a Chuile mais nous insistons pour pousser une heure de plus. C'est que nous desirons avoir une petite marge de temps pour le cas ou un imprevu viendrait nous contrarier et que chaque jour supplementaire passe dans ce trek nous privera d'un jour dans le Chitwan, notre prochaine etape au Nepal. On stoppe donc pour la nuit apres une heure de marche supplementaire dans un tout petit village non indique sur la carte.
Aujourd'hui, on vise Bamboo d'ou on gagnera le sanctuaire de l'Annapurna. On va commencer a reprendre de l'altitude mais le chemin alterne les montees et les descentes. le ciel est degage durant la matinee, on a meme la chance d'apercevoir le Machapuchre. Des champs en terrasses habillent a nouveau les flancs des montagnes. De tres long escaliers se succedent puis on marque une halte pour le repas de midi. On rencontre comme souvent le meme couple de Francais tres sympas dont on ignore pourtant toujours les noms. L'apres-midi passe tres rapidemment et en arrivant a Bamboo, je souhaitais poursuivre vers Dobhan, le village suivant. On passera tout de meme l'apres-midi a Bamboo ou on profite de douches chaudes. La nourriture est bonne mais la nuit sera gachee par nos quatre voisins qui ont la bonne idee de se reveiller a 5h et de papauter a haute-voix.
Nous sommes deja le 10 octobre et notre but se rapproche a grands pas. On quitte Bamboo tranquillement jusqu'a Dobhan ou on fait une courte halte. Le temps est clai se matin et on a pu observer le Macchapuchre au travers des feuillages. Depuis Dobhan, on apercoit egalement le Hyun Chuli mais les nuages se levent. Comme ces derniers jours, le temps se couvre rapidement des la fin de matinee. On poursuit la route en foret, de nombreuses chutes d'eau s'ecoulent le long des paroies de la gorge qui s'elevent regulierement. Pendant la pause de midi, il se met a pleuvoir mais heureusement, elle stoppe avant qu'on ne reparte de Deurali. On parcoure encore 400m de montee avant de penetrer enfin dans l'antichambre du sanctuaire.
La seconde moitie du parcours qui nous conduit vers le Macchapuchre Base Camp est noye dans la brume qui bloque toute la vue. Flo est parti devant, lasse par le rythme un peu lent de Bahlam. maintenant que le brouillard complique la photographie, je hate egalement le pa . Apres un petit pont, je rejoins Flo a une intersection. On prenmd sur la gauche suivant les recommandations de Bahlam puis, apres une cote, on s'arrete devant un decors lugubre. Il y a une barriere en bois sur notre droite, une cabanne en pierre a quelques metres devant nous, legerement sur la gauche. Elle semble inhabitee. Au loin, on devine la silhouette de batiments. On prend quelques cliches puis Garuche et Bahlam nous rejoignent. Les silhouettes fantomatique sont en fait les differents lodges qui forment le Macchapuchre Base Camp.
Le titre de base camp est exagere, en fait, aucune expedition ne part d'ici. La raison est simple, dans les annees soixante, apres qu'une expedition ait tente sans succes, voire meme avec plusieurs morts ou la totalite des alpinistes suivant les versions, les Anglais ont suggere au gouvernement nepalais de conserve un pic vierge de traces humaines. C'est ainsi que cette magnifique montagne s'est vue protegee est interdite a l'escalade.
Une fois delestes de nos sacs, on se couvre chaudement. On fait la connaissance de deux Israeliens tres sympas. On passe l'apres-midi a boire du the au citron, lire et ecrire. A nouveau, on s'adresse a Indra pour que le temps s'ameliore et qu'on puisse pleionement profiter du monumental spectacle qui nous est helas invisible. Pendant les discussions au refuge, on apprend qu'un porteur est mort recemment sur le chemin de l'Annapurna Base Camp (l'ABC, dans le jargon...). Plusieurs versions s'affrontent et je parierais qu'aucune n'est exact. Le porteur nepalais aurait selon certains glisse et tombe dans la petite riviere ou il serait mort. D'autre disent qu'il etait alcoolique et aurait tente de redescendre seul le chemin dans un etat pitoyable... Son cas sera sans detaille par le "Paris-match" local quoique, ce genre d'accident etant assez frequent, il se peut egalement qu'il passe inapercu.
Le soir arrive finalement en compagnie de la pluie. Nous sommes les derniers a etre servis et lorsqu'enfin on nous presente nos assiettes, elles sont devorees en moins de temps qu'il ne faut pour l'ecrire. On prevoit de se lever tot demain pour contempler les premiers rayons de soleil qui illumineront les sommets. On part donc se coucher mais, comble de malchance, nos voisins sont les memes que la veille...
Ca n'a pas manque, nos voisins Danois se rveillent vers 4h sans meme essayer de faire semblant d'etre silencieux. Je lance un "Please, not everyday !" et ressombre dans un presque sommeil. Mais pourquoi diable se lever aussitot, il fait enore nuit et froid pour marcher... Decidemment, il y a des choses qui m'echappent. 6 heures moins dix, le reveil sonne. Je m'habille rapidement, prends mon appareil et je me precipite en haut d'une bute qui domine le refuge. Le temps est superbe. Au Sud-Est, si proche qu'on voudrait le toucher, se dresse majestueux le Macchapuchre qui du haut de ses 6997m n'a rien a envier a ses voisins plus grands. La face qui se dresse devant nous est le stereotype meme de la montagne. Elle dessine un triangle acere couvert de neige sur deux tiers de sa hauteur avant de laisser apparaitre une paroie rocheuse quasiment verticale. Sa beaute est effrayante... Le gouvernement nepalais ne pouttait-il faire une exception et autoriser une expedition a le gravir ? Au Sud-Ouest culminent l'Annapurna South et le Hyun Chuli. Au Nord-Ouest, on observe l'Annapurna III et le Ghandharvi Chuli. D'ici, l'Annapurna I demeure invisible. La journee commence pour le mieux, il n'est pas encore 7h.
Pendant que garuche retourne finir sa nuit, Flo et moi commandons les petits-dejeuners. On ne repartira que vers 9h apres que le soleil ait reveille la montagne en faisant fondre le gel et en rechauffant les quelques locaux qui a present sortent de chez eux.
Ca y est, on va enfin entrer dans le coeur du sanctuaire des Annapurnas, une ceinture qui ne descend pas en-dessous des 7000m d'altitude. On entame la marche le coeur battant. Le chemin grimpe le long d'un cours d'eau puis on atteint une sorte de plateau qui monte en pente douce vers le camp de base. La lumiere matinale sublime le paysage deja somptueux. En compagnie de Flo, je monte sur une crete qui nous separe d'un imposant glacier qui n'est, en cette saison qu'un gigantesque lit de roches. Depuis ce point haut, la vue est grandiose. Je savoure chaque instant, bien conscient du privilege qui m'est donne de pouvoir ainsi porter les yeux sur de telles montagnes.
Bien que la camp de base soit situe a 4130m, le denivele qui le separe du sommet de l'Annapurna I est d'encore 4000m et croyez moi, 4km ainsi dresser a la verticale devant vous, c'est impressionnant et le mot est faible. Contrairement au Macchapuchre, l'Annapurna ne peut se vanter d'etre une belle montagne au sens classique du terme. Le sommet est encercle d'autres pics qui frisent les 8000m. Chris Bonnington (qui fut le premier a le gravir depuis la face sud) le decrit comme le corps d'une pieuvre geante dont les tentacules seraient les autres pics des Annapurna et la crete du Glacier Dome. Comment des hommes ont-ils pu gravir de tels sommets ? Il n'est plus question d'escalade mais d'alpinisme, l'ascension ne se compte plus en heures mais en jours. On ne dresse pas un bivouac mais on survit, ce n'est pas un hasard si la zone au-dessus des 7000m est appelee la zone de la mort. Chaque pas y est un effort incroyable et la moindre erreur est fatale. A une telle altitude, il est impossible d'esperer recuperer, chaque heure qui passe puise dans vos reserves. L'ascension est donc une course contre la montre qui exige pourtant une prudente lenteur. Nombreux sont ceux qui perdent la vie a vouloir dompter ces geants de pierre et de glace. Les statistique font de l'Annapurna I une des montagnes les plus mortelles au monde avec la moitie des pretendants qui y perdent la vie. Si bien sur, atteindre le sommet est un exploit incroyable, en plus d'un souvenir imperissable beaucoup garderont les traces dans leur chaire du combat contre ces geants. Combien ont perdu leurs doigts ou leurs orteils geles ? Combien ont ete aveugles par la lumiere refletee par la glace ? Combien n'ont pu retrouver leur campement perdu dans la tempete alors qu'ils redescendaient du sommet ? Ne faut-il pas avoir une chance insolante pour echapper aux avalanches qui balayent les paroies ou que les ceracs demesures ne s'ecroulent a votre passage ?
Il est temps de quitter la reverie, Bahlam et Garuche ont pendant ce temps rejoint l'ABC. On les retrouve bientot autour d'un the. Les nuages s'engouffrent deja entre les montagnes, dans quelques heures, on ne verra rien d'autre qu'un epais rideau gris. On se tient au chaud en attendant le repas de midi. Les sommets environnant, accaparent toute nos pensees. On delire sur les pics qu'on escaledera a notre prochaine visite...
Dans l'apres-midi, bien que le brouillard soit toujours present, on va faire un tour au Nord du camp de base, pres du glacier sud de l'Annapurna. Il est hors de question de quitter ce lieu magique sans laisser une trace. On va herige un cairn et y attacher les rouleaux de drapeaux de priere qui nous accompagnent depuis le debut de notre periple. Un cairn est dresse ur une corniche qui surplombe le vide, ses constructeurs ont ete assez hardis car l'endroit n'est pas tres sur, on prendra moins de risque... Un rocher a quelques metres du bord conviendra parfaitement. Alors qu'on commence a rassembler des pierres arrive Bahlam. Il surprend Garuche qui recupere des cailloux dans une zone d'eboulement et tout en agitant sa main annonce "Not safe !" d'un air de dire "Mais qu'est-ce que qu'ils fabriquent encore ?". Mais le voila bientot a nous aider a la tache. Notre cairn n'est certes pas le plus grand mais il affiche une grande classe,. On a dresse une au sommet une dalle plate posee a la verticale qui le dote d'une paroie digne du Macchapuchre... En modele reduit bien entendu. Quelques floconsde neige fondue se mettent a tomber et bahlam s'impatiente, il faut commander le repas du soir. On lui explique qu'il nous faut encore tendre les drapeaux et il nous laisse pour attendre au chaud. Nos trois rouleaux sont attaches ensemble puis arrimer a notre cairn. De la, on les tend jusqu'a un autre cairn proche et imposant. On comptait faire un aller-retour mais la longueur n'est pas suffisante. Qu'a cela ne tienne, on construit un nouveau cairn, plus humble que le premier et on y noue le rouleau. ca y est, le temoin de notre passage pourra on l'espere perdurer face aux elements.
On retourne au refuge ou on discute avec deux Francais qui se sont rencontres durant le trek. L'un deux est alpiniste amateur et prepare l'ascension des Grandes Jorasses en France (Probablement une des ascensions les plus difficiles des Alpes) ce qui nous plonge dans de grandes discussions. Garuche joue aux cartes, une Finlandaise ayant lance une partie. On prend la direction des lits assez tot, il ne fait froid et on est fatigue. La journee a ete riche en emotion et qu'en sera-t-il demain au lever du soleil ?
Quoiqu'il en soit, le panorama est exceptionnel. Il n'y a pas grand chose a dire, on contemple. Au Nord-Ouest s'etend le massif du Dhaulagiri, immense cone qui culmine a 8167m, plus haut que l'Annapurna I. A l'Est, on apercoit un des sommets des Nilgiris et les Annapurna III et South puis plus loin, le Macchapuchre, le celebre "Fishtail" nomme ainsi car suivant le point de vu, sa face ressemble a une queue de poisson. Apres en avoir pris plein les yeux, on redescend vers Gorepani pour prendre le petit-dejeuner et recuperer nos affaires.
Alors qu'on reprend la route aux environs de 8h, les nuages sont de retour et le brouillard ne tarde pas a s'epaissir. Si une fois de plus, ceci nous prive du spectacle des cimes a l'horizon, la foret devient par contre tout a fait intriguante. Il y a des souvenirs de Nouvelle-Zelande qui refont surface. On croise a nouveau de nombreux groupes, il faut croire que le pic de la saison est atteint, sans doute, la popularite de cette partie du parcours et sa facilite explique aussi cette affluence.
Avec l'humidite, les sangsues sont aux anges et menent une attaque en regle contre nos mollets. Heureusement, nous sommes a nouveau les plus rapides et nous les retirons a temps de nos mollets. Une petite riviere qui serpente dans le bois nous conduit jusqu'a Tarapani ou on marque la pause de midi. On reprend la marche en debut d'apres-midi, toujours sous le couvert des arbres. Bahlam souhaitait s'arreter a Chuile mais nous insistons pour pousser une heure de plus. C'est que nous desirons avoir une petite marge de temps pour le cas ou un imprevu viendrait nous contrarier et que chaque jour supplementaire passe dans ce trek nous privera d'un jour dans le Chitwan, notre prochaine etape au Nepal. On stoppe donc pour la nuit apres une heure de marche supplementaire dans un tout petit village non indique sur la carte.
Aujourd'hui, on vise Bamboo d'ou on gagnera le sanctuaire de l'Annapurna. On va commencer a reprendre de l'altitude mais le chemin alterne les montees et les descentes. le ciel est degage durant la matinee, on a meme la chance d'apercevoir le Machapuchre. Des champs en terrasses habillent a nouveau les flancs des montagnes. De tres long escaliers se succedent puis on marque une halte pour le repas de midi. On rencontre comme souvent le meme couple de Francais tres sympas dont on ignore pourtant toujours les noms. L'apres-midi passe tres rapidemment et en arrivant a Bamboo, je souhaitais poursuivre vers Dobhan, le village suivant. On passera tout de meme l'apres-midi a Bamboo ou on profite de douches chaudes. La nourriture est bonne mais la nuit sera gachee par nos quatre voisins qui ont la bonne idee de se reveiller a 5h et de papauter a haute-voix.
Nous sommes deja le 10 octobre et notre but se rapproche a grands pas. On quitte Bamboo tranquillement jusqu'a Dobhan ou on fait une courte halte. Le temps est clai se matin et on a pu observer le Macchapuchre au travers des feuillages. Depuis Dobhan, on apercoit egalement le Hyun Chuli mais les nuages se levent. Comme ces derniers jours, le temps se couvre rapidement des la fin de matinee. On poursuit la route en foret, de nombreuses chutes d'eau s'ecoulent le long des paroies de la gorge qui s'elevent regulierement. Pendant la pause de midi, il se met a pleuvoir mais heureusement, elle stoppe avant qu'on ne reparte de Deurali. On parcoure encore 400m de montee avant de penetrer enfin dans l'antichambre du sanctuaire.
La seconde moitie du parcours qui nous conduit vers le Macchapuchre Base Camp est noye dans la brume qui bloque toute la vue. Flo est parti devant, lasse par le rythme un peu lent de Bahlam. maintenant que le brouillard complique la photographie, je hate egalement le pa . Apres un petit pont, je rejoins Flo a une intersection. On prenmd sur la gauche suivant les recommandations de Bahlam puis, apres une cote, on s'arrete devant un decors lugubre. Il y a une barriere en bois sur notre droite, une cabanne en pierre a quelques metres devant nous, legerement sur la gauche. Elle semble inhabitee. Au loin, on devine la silhouette de batiments. On prend quelques cliches puis Garuche et Bahlam nous rejoignent. Les silhouettes fantomatique sont en fait les differents lodges qui forment le Macchapuchre Base Camp.
Le titre de base camp est exagere, en fait, aucune expedition ne part d'ici. La raison est simple, dans les annees soixante, apres qu'une expedition ait tente sans succes, voire meme avec plusieurs morts ou la totalite des alpinistes suivant les versions, les Anglais ont suggere au gouvernement nepalais de conserve un pic vierge de traces humaines. C'est ainsi que cette magnifique montagne s'est vue protegee est interdite a l'escalade.
Une fois delestes de nos sacs, on se couvre chaudement. On fait la connaissance de deux Israeliens tres sympas. On passe l'apres-midi a boire du the au citron, lire et ecrire. A nouveau, on s'adresse a Indra pour que le temps s'ameliore et qu'on puisse pleionement profiter du monumental spectacle qui nous est helas invisible. Pendant les discussions au refuge, on apprend qu'un porteur est mort recemment sur le chemin de l'Annapurna Base Camp (l'ABC, dans le jargon...). Plusieurs versions s'affrontent et je parierais qu'aucune n'est exact. Le porteur nepalais aurait selon certains glisse et tombe dans la petite riviere ou il serait mort. D'autre disent qu'il etait alcoolique et aurait tente de redescendre seul le chemin dans un etat pitoyable... Son cas sera sans detaille par le "Paris-match" local quoique, ce genre d'accident etant assez frequent, il se peut egalement qu'il passe inapercu.
Le soir arrive finalement en compagnie de la pluie. Nous sommes les derniers a etre servis et lorsqu'enfin on nous presente nos assiettes, elles sont devorees en moins de temps qu'il ne faut pour l'ecrire. On prevoit de se lever tot demain pour contempler les premiers rayons de soleil qui illumineront les sommets. On part donc se coucher mais, comble de malchance, nos voisins sont les memes que la veille...
Ca n'a pas manque, nos voisins Danois se rveillent vers 4h sans meme essayer de faire semblant d'etre silencieux. Je lance un "Please, not everyday !" et ressombre dans un presque sommeil. Mais pourquoi diable se lever aussitot, il fait enore nuit et froid pour marcher... Decidemment, il y a des choses qui m'echappent. 6 heures moins dix, le reveil sonne. Je m'habille rapidement, prends mon appareil et je me precipite en haut d'une bute qui domine le refuge. Le temps est superbe. Au Sud-Est, si proche qu'on voudrait le toucher, se dresse majestueux le Macchapuchre qui du haut de ses 6997m n'a rien a envier a ses voisins plus grands. La face qui se dresse devant nous est le stereotype meme de la montagne. Elle dessine un triangle acere couvert de neige sur deux tiers de sa hauteur avant de laisser apparaitre une paroie rocheuse quasiment verticale. Sa beaute est effrayante... Le gouvernement nepalais ne pouttait-il faire une exception et autoriser une expedition a le gravir ? Au Sud-Ouest culminent l'Annapurna South et le Hyun Chuli. Au Nord-Ouest, on observe l'Annapurna III et le Ghandharvi Chuli. D'ici, l'Annapurna I demeure invisible. La journee commence pour le mieux, il n'est pas encore 7h.
Pendant que garuche retourne finir sa nuit, Flo et moi commandons les petits-dejeuners. On ne repartira que vers 9h apres que le soleil ait reveille la montagne en faisant fondre le gel et en rechauffant les quelques locaux qui a present sortent de chez eux.
Ca y est, on va enfin entrer dans le coeur du sanctuaire des Annapurnas, une ceinture qui ne descend pas en-dessous des 7000m d'altitude. On entame la marche le coeur battant. Le chemin grimpe le long d'un cours d'eau puis on atteint une sorte de plateau qui monte en pente douce vers le camp de base. La lumiere matinale sublime le paysage deja somptueux. En compagnie de Flo, je monte sur une crete qui nous separe d'un imposant glacier qui n'est, en cette saison qu'un gigantesque lit de roches. Depuis ce point haut, la vue est grandiose. Je savoure chaque instant, bien conscient du privilege qui m'est donne de pouvoir ainsi porter les yeux sur de telles montagnes.
Bien que la camp de base soit situe a 4130m, le denivele qui le separe du sommet de l'Annapurna I est d'encore 4000m et croyez moi, 4km ainsi dresser a la verticale devant vous, c'est impressionnant et le mot est faible. Contrairement au Macchapuchre, l'Annapurna ne peut se vanter d'etre une belle montagne au sens classique du terme. Le sommet est encercle d'autres pics qui frisent les 8000m. Chris Bonnington (qui fut le premier a le gravir depuis la face sud) le decrit comme le corps d'une pieuvre geante dont les tentacules seraient les autres pics des Annapurna et la crete du Glacier Dome. Comment des hommes ont-ils pu gravir de tels sommets ? Il n'est plus question d'escalade mais d'alpinisme, l'ascension ne se compte plus en heures mais en jours. On ne dresse pas un bivouac mais on survit, ce n'est pas un hasard si la zone au-dessus des 7000m est appelee la zone de la mort. Chaque pas y est un effort incroyable et la moindre erreur est fatale. A une telle altitude, il est impossible d'esperer recuperer, chaque heure qui passe puise dans vos reserves. L'ascension est donc une course contre la montre qui exige pourtant une prudente lenteur. Nombreux sont ceux qui perdent la vie a vouloir dompter ces geants de pierre et de glace. Les statistique font de l'Annapurna I une des montagnes les plus mortelles au monde avec la moitie des pretendants qui y perdent la vie. Si bien sur, atteindre le sommet est un exploit incroyable, en plus d'un souvenir imperissable beaucoup garderont les traces dans leur chaire du combat contre ces geants. Combien ont perdu leurs doigts ou leurs orteils geles ? Combien ont ete aveugles par la lumiere refletee par la glace ? Combien n'ont pu retrouver leur campement perdu dans la tempete alors qu'ils redescendaient du sommet ? Ne faut-il pas avoir une chance insolante pour echapper aux avalanches qui balayent les paroies ou que les ceracs demesures ne s'ecroulent a votre passage ?
Il est temps de quitter la reverie, Bahlam et Garuche ont pendant ce temps rejoint l'ABC. On les retrouve bientot autour d'un the. Les nuages s'engouffrent deja entre les montagnes, dans quelques heures, on ne verra rien d'autre qu'un epais rideau gris. On se tient au chaud en attendant le repas de midi. Les sommets environnant, accaparent toute nos pensees. On delire sur les pics qu'on escaledera a notre prochaine visite...
Dans l'apres-midi, bien que le brouillard soit toujours present, on va faire un tour au Nord du camp de base, pres du glacier sud de l'Annapurna. Il est hors de question de quitter ce lieu magique sans laisser une trace. On va herige un cairn et y attacher les rouleaux de drapeaux de priere qui nous accompagnent depuis le debut de notre periple. Un cairn est dresse ur une corniche qui surplombe le vide, ses constructeurs ont ete assez hardis car l'endroit n'est pas tres sur, on prendra moins de risque... Un rocher a quelques metres du bord conviendra parfaitement. Alors qu'on commence a rassembler des pierres arrive Bahlam. Il surprend Garuche qui recupere des cailloux dans une zone d'eboulement et tout en agitant sa main annonce "Not safe !" d'un air de dire "Mais qu'est-ce que qu'ils fabriquent encore ?". Mais le voila bientot a nous aider a la tache. Notre cairn n'est certes pas le plus grand mais il affiche une grande classe,. On a dresse une au sommet une dalle plate posee a la verticale qui le dote d'une paroie digne du Macchapuchre... En modele reduit bien entendu. Quelques floconsde neige fondue se mettent a tomber et bahlam s'impatiente, il faut commander le repas du soir. On lui explique qu'il nous faut encore tendre les drapeaux et il nous laisse pour attendre au chaud. Nos trois rouleaux sont attaches ensemble puis arrimer a notre cairn. De la, on les tend jusqu'a un autre cairn proche et imposant. On comptait faire un aller-retour mais la longueur n'est pas suffisante. Qu'a cela ne tienne, on construit un nouveau cairn, plus humble que le premier et on y noue le rouleau. ca y est, le temoin de notre passage pourra on l'espere perdurer face aux elements.
On retourne au refuge ou on discute avec deux Francais qui se sont rencontres durant le trek. L'un deux est alpiniste amateur et prepare l'ascension des Grandes Jorasses en France (Probablement une des ascensions les plus difficiles des Alpes) ce qui nous plonge dans de grandes discussions. Garuche joue aux cartes, une Finlandaise ayant lance une partie. On prend la direction des lits assez tot, il ne fait froid et on est fatigue. La journee a ete riche en emotion et qu'en sera-t-il demain au lever du soleil ?
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