Durant les vingt heures de ferry, j'ai pu profiter d'un peu de confort dans un bain japonais avec vu sur la mer par les fenteres ! Ici, il n'y a pas de couchette mais un grand tatami ou on s'installe a sa guise. J'ai pu discuter un peu avec des chauffeurs routiers qui convoient des groupes electrogenes afin d'eclairer les statues du Yukimatsuri, le festival de la glace a Sapporo.
Une fois arrive a Otaru, je m'egare un peu dans la zone industrielle proche du port, entre la nuit et la neige qui vole dans le vent et surtout l'absence de panneau indiquant le nom des rues, ce n'est pas vraiment surprenant je pense. Alors que je croise un couple de Japonais, je leur demande s'il peuvent m'indiquer sur ma carte ou je me trouve. Je les vois hesiter, tourner la carte a l'envers et finalement me montrer un endroit a l'oppose de la zone ou je sais me trouver... Me voila bien avance ! Je continue donc a l'estinct jusqu'a ce que je croise une etudiante, elle ne sait pas trop me renseigner, apparemment les Japonais ont du mal a lire une carte, mais me propose de me guider jusqu'a une avenue que j'avais auparavant reperee sur mon plan. On discute en chemin et avant que nos routes se separent, elles m'offre des bonbons pour lutter contre le froid. Merci beaucoup !
J'arrive au Morinoki, une sympathique auberge, avec la barbe pleine de neige et la moustache presque gelee. Le proprietaire, Masa, rigole et m'explique qu'il etait aussi dans le ferry et m'a vu partir avec mon sac a dos. Effectivement, de son point de vue cela devait etre drole. Il m'offre une tasse de the pour me rechauffer ce qui n'est pas du luxe, j'apprend qu'il doit faire -18 le lendemain et que du blizzard est prevu, apres ma premiere experience de la chose, j'apprehende ma premiere visite d'Otaru. Une ville dans le centre de l'ile aurait meme deja atteind les -30... Donc je suis en zone "estivale", c'est rassurant !
J'arpente donc dans un froid mordant les rues d'Otaru. Beaucoup de jeunes s'activent a realiser des sculptures de glace, sans doute pour essayer de concurrencer le festival de Sapporo qui debutera d'ici quelques jours. Mais Otaru a sa specialite, le festival des lumieres. De nombreuses lanternes seront bientot mises a flot sur un canal et les quelques sculptures sont embellies de chandelles. Mais pour le moment, les preparatifs ne sont pas termines et je me contente donc d'une petite promenade. J'ai les pieds geles a marcher sans arret dans la neige et la glace d'autant plus que je n'ai pas vraiment d'affaires chaudes. J'attends impatiemment un colis de France avec une bonne veste, un gros bonnet et un sous-pantalon en laine, ca ne sera pas de trop. Heureusement que Masa (mon viel ami, pas le proprietaire du Morinoki), m'avait donne une paire de gants. Apres une bonne heure, je rentre me rechauffer a l'auberge, des que je m'arrete pour prendre une photo, mes doigts et mes orteils souffrent, il vaut mieux rester actif pour faire circuler le sang.
J'ai la bonne surprise de decouvrir que ce 3 fevrier est la date du Setsubun, une fete celebrant l'arrivant du printemps... Alors que naivement je me croyais en hiver ! le plat traditionnel pour cette fete est le soba, des pates de sarrasin. J'assiste a la confection de celles-ci par un ami de Masa qui s'est echappe de son travail en avance, cet homme est un phenomene ! Ici, pas de machine pour decouper les pates, une bonne lame et des mains expertes font tout aussi bien le travail. Masa m'invite a me joindre a lui et ses invites ce soir car je suis le seul backbacker a l'auberge, j'accepte avec joie. Tous les convives viennent les mains pleines de nourritures, sushis, prunes et bien sur avec du sake et de la biere. Comme toujours, je genere une foule de "heee" et de "hooo" lorsque les invites m'entendent prononcer quelques mots en japonais, ils sont egalement surpris de me voir manger avec des baguettes. Les Japonais sont toujours convaincus que les gaijin sont incapables de "vivre a la japonaise" et s'emerveillent d'un rien. Il me faut gouter a tout, y compris au nato, des germes de soja fermentes dont j'avais garde un mauvais souvenir. Mais cette fois, celui-ci est servi dans une sorte de "crepe" realisee avec du tofu qui me reconcilie avec le nato. Une drole de surprise sera par contre des fruits de mer secher, je n'avais pas vu le coup venir et croyant manger un morceau de pate de riz je me retrouve avec un coquillage seche dans la bouche qu'il me faut mastiquer avec ardeur avant de pouvoir l'avaler. On papaute jusqu'a tres tard, bien sur, il a fallu ouvrir une bouteille de sake local... Je devrais bien dormir ce soir.
Le yukimatsuri a Sapporo doit ouvrir le lendemain. Aussi, je suis les recommandations de Masa et m'y rend le jour meme afin d'eviter la foule. C'est un tres bon conseil, tout est pret ou presque et je n'ai pas a affronter la cohue. Je visite un premier site avec d'impressionantes statues de plusieurs metres de haut, mes preferees sont celles d'animaux des neiges realisees avec une grande minutie. On trouve aussi des tas de sculptures de hero de mangas et des batiments construits pratiquement en grandeur nature. Toutefois, apres la visite de ce site, je suis frigorifie et je me refugie dans un cafe, filliale d'un geant americain ou tout est a "five bucks", comprenne qui pourra ! Une fois rechauffe, je decide de refaire un tour au meme site, la nuit etant tombee, je peux profiter du jeu de lumieres. Il est ensuite temps de rentrer a Otaru.
Cette fois, je passe une journee tranquille a essayer de guerrir mon debut de rhume a grand renfort de the. J'affronte quand meme les elements en soiree pour profiter du festival des lumieres qui debute ce jour. Je ne m'attendais a voir autant de monde dans cette petite ville mais le spectacle en valait la peine. Pas de statues gigantesque mais une atmosphere feerique avec toutes ces lumieres. Je passe un moment a prendre des photos, me frottant les mains entre chaque cliches pour eviter les engelures.
J'espere que ces quelques jours de grand froid m'auront prepare a la suite du programme, a savoir, une randonnee en raquettes de deux jours avec nuit sous la tente...
